Histoires de lait (4), photographies et vidéos

Je suis partie en février et mars 2010 au Sénégal, en Tunisie et en Inde pour travailler sur les cultures du lait pour la Milk Factory en vue du colloque de l’OCHA et d’une exposition. Cette dernière se concrétise maintenant puisqu’elle ouvrira ses portes lors du vernissage, le 11 mai à partir de 18h. Cinq cents photos ainsi qu’une vidéo seront projetées sur quatre écrans pour cette exposition. Une sélection pointue des images présentera ainsi la traite de brebis, de bufflonnes, de vaches et de chèvres dans ces trois pays pour faire ressentir la sensation pure du lait à travers rêve et réalité qui se confrontent…

lait 1 Rozenbaum

Extrait de mon entretien avec C. Diop publié dans le Milk Factory, n° 2 :

Vos photos célèbrent souvent la gestuelle des mains. Ce ballet omniscient des mains autour du lait a dû certainement vous combler d’un point de vue artistique ? Véhicule-t-il une symbolique universelle ?
La main me fascine car elle demeure encore un signe d’humanité. Sa gestuelle, sa précision et sa sensualité m’envoûtent. Je pourrais regarder des heures le langage rituel des mains, l’alchimie des matières qu’elle malaxe et transforme devant moi. Le close-up permet, dans une grande simplicité, de mettre en valeur la puissance de son énergie et de ses élans. En effet, la main est un vrai lieu d’échanges et de communication qui réceptionne nos affects et exprime nos désirs intimes. Concernant mon travail sur le lait, la main intervient principalement à la traite du bétail à la distribution du lait et à la conception des gâteaux. D’ailleurs, j’ai vécu un moment délicieux à Dwarka en Inde, dans une famille d’éleveurs de buffles. Ils m’avaient invité à boire le chai. La grand-mère s’est installée sur le sol avec une dizaine de récipients. Certains étaient vides, certains étaient pleins. J’ai essayé de suivre sa logique d’organisation. Apparemment, elle préparait la vente de lait à des particuliers. Elle diluait certains contenants puis reversait le lait plusieurs fois, rediluait et recommençait. C’était une danse gestuelle très structurée mais incompréhensible pour moi, occidentale. J’ai assisté à la traite à quatre mains d’une vache : un homme et une femme se partageaient en cadence ses mamelles généreuses très charnelles ! Le lait qui coulait dans le seau, les éclaboussures sur les mains me poussaient à me rapprocher, à prendre des gros plans des mains d’une grâce infinie.

Exposition du 11 mai au 28 juillet 2010.

Milk Factory hors les murs, Galerie Déborah Zafman, 3/5 passage des Gravilliers, Paris 3e (accès 10, rue Chapon)

Rozenbaum Revedelait

Texte de Caroline HOCTAN // Illustration sonore de Juan CLEMENTE

© Isabelle Rozenbaum, 2010

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