Les natures mortes sont mortes, photographies

La photographie culinaire de studio est à bout de souffle : mon désir pour elle, aussi. Elle est devenue polie, consensuelle. Elle est censée montrer du rêve mais, de nos jours, elle est vidée de sens : elle est aseptisée et impersonnelle, elle ne représente qu’un « cliché ».
Il y a quelques semaines, en réalisant des photographies de studio pour un livre, celles-ci pointaient une fois encore mes doutes de photographe concernant ce genre que j’ai exercé pendant des années.

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La plupart des livres et magazines culinaires français se bornent à présenter une recette écrite, illustrée de la photo du plat, juste avant de le déguster dans une assiette servie, avec des couverts, une serviette de table et un verre de vin. Le même rituel se rejoue avec les mêmes styles de décors, les mêmes compositions, les mêmes mises en place qui se répètent, monotones, monocordes, uniformes. Les photographies se ressemblent toutes, la démarche photographique de cuisine étant standardisée.
Aujourd’hui, je ne veux plus valider cette vision photographique. Elle est devenue désincarnée et s’est décontextualisée au fil du temps. Evidemment je le sais depuis des années, mais, périodiquement, je l’expérimente à nouveau sans trouver de nouveau souffle. En fait, j’ai sans doute du mal à la quitter définitivement.

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Je réagis pour ne pas tomber dans l’usure, dans le non-sens, lassée par une demande trop conventionnelle et usitée.
Depuis 2002, j’ai expérimenté une approche photographique sous forme de reportage. Elle me semble plus libre et exigeante, davantage centrée sur l’humain, l’échange, les us et coutumes que ce soit en France ou à l’étranger. Cette approche m’amène à être directement dans les cuisines, à être plus présente et mieux scruter les gestes, les personnes à l’œuvre, comme de partager des moments pleins de vie.

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Je peux ainsi chercher la matière, le chaud, le froid, le goût, la sensualité des corps, les émotions et surtout l’authenticité des rapports humains. Je peux également mieux mettre en lumière les personnes qui œuvrent dans leur quotidien, dans leur environnement, celles qui transforment leur façon de vivre et qui remettent en question ce monde de consommation abusif tout comme celles qui transmettent leurs savoir-faire et leurs réflexions dans la chaîne du goût.

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Depuis que j’ai adopté cette nouvelle approche par le reportage, j’ai travaillé avec des vignerons, des cuisiniers, des grands chefs, des fromagers, des boulangers, des agriculteurs, des producteurs de lait, des éleveurs de brebis ou de vaches, etc. La plupart d’entre eux doit généralement se positionner – ou se rebeller – contre des législations fondées sur le rendement intensif au dépend de la qualité des produits. C’est un défi vital, car nos modes de vie se doivent de changer : nous ne pouvons plus être aveugles et ignorants, à moins de vouloir courir à notre perte définitive.

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Mes dernières photos de studio, dites « Natures mortes », que je présente dans ce billet affirment donc une fin de cycle dérisoire mais annoncent un besoin réel de changement de représentation, et là aussi, c’est un défi vital.

Billet publié en doublé sur le site pendantleweekend

photographies : © Isabelle Rozenbaum

Blik nous fait chanter

Blik veut dire « regard » en yiddish. Blik propose un regard neuf sur les chants yiddish et russes, un regard contemporain. Blik, c’est : Noémi Waysfeld au chant, Antoine à la contrebasse, Thierry à l’accordéon et Florent aux cordes. Tous les quatre, ils nous offrent en concert des moments de purs bonheurs. Ils se sont produits au Musée d’art juif lors du festival de musique sacrée le 12 avril. Je n’ai pas manqué cette soirée. Leur répertoire était d’une très grande douceur et vif à la fois. Pour la première fois, j’en ai presque oublié de faire quelques photos. Vous pouvez entendre quelques morceaux sur leur site et regarder leurs nouvelles dates de concert.

Blik

Ils seront le 1er mai à 21h, aux 3 Arts, 21 rue des Rigoles 75020, Paris. J’y serai. Certains de leurs chants me plongent dans un état d’enfant qui aurait aimé être bercé par une voix comme celle-ci. Les rôles s’inversent parfois. Je suis bercée par la musique que joue mon fils Antoine. Dire que je chante faux. Il me le rend bien. Les leurs, sont tout en profondeur, en subtilité et talent. Rien ne vaut la rébellion !

Blik Antoine

Antoine vient de lancer le site des musiciens. Il y travaillait avec Antonin depuis plus d’un an.

Histoires de lait, Inde

Je suis en Inde depuis presque quinze jours pour la troisième partie de mon travail photographique sur la diversité des laits du monde pour le CNIEL. J’ai demandé à Beena Paradin, avec qui j’ai collaboré pour le livre Inde, intime et gourmande (Editions Minerva, 2009) de m’accompagner à l’élaboration de ce voyage à travers différents états. Tout d’abord, nous avons choisi Bangalore en Inde du Sud pour ses marchés, pour ses collectes de lait innovantes, pour ses vaches sacrées et pour son unité industrielle.

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Nous avons volé jusqu’à Dwarka en Inde du Nord-Ouest pour son lait de buffle et son lait sacré. J’ai particulièrement apprécié les quatre jours dans cette ville pour sa douceur et sa richesse humaine. Dès six heures du matin, nous étions dans les rues immergées dans une lumière orangée fabuleuse. Six heures, c’est l’heure du lait. Toute la ville s’organise au rythme de ce breuvage blanc de buffle.

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A huit heures, les commerçants de fruits et légumes prennent leurs places et la vie continue. J’y ai dégusté les meilleurs thés chai de ma vie et le premier lait de buffle tout frais, tout chaud. Certains temples sont au bord de l’eau, d’autres sont en plein centre mais tous sont dédiés à Krishna.

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Delhi, en Inde du Nord, est notre dernier choix pour sa diversité de produits laitiers et les pâtisseries. Evidemment, je goute sans cesse les spécialités dans chaque quartier et je suis tombée sur le meilleur lassi. Il avait une densité particulière, un arôme à l’eau de rose, un goût inoubliable. Il me reste deux jours à Delhi ce qui m’amène à y retourner encore chaque matin ! Je reviens de ces différents périples lavée de tout cet hiver trop long en France et remplie « d’ailleurs ».

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Je remercie tout particulièrement Beena (voir son post en dialogue) pour son amitié et sa proposition très professionnelle, Christophe Spotti du CNIEL qui m’a permis de découvrir d’exceptionnelles beautés dans le monde du lait, la famille de Karan de Dwarka et Bangalore Dairy.

L’exposition photographique aura lieu dans Paris à partir du 11 mai.

© Isabelle Rozenbaum, 2010

Histoires de lait, Tunisie

Mon travail photographique se poursuit en Tunisie sur le sujet du Lait pour le CNIEL (voir le billet précédent sur le Sénégal). Je viens de passer sept jours de travail intense dans la région de Tunis, de Testour et de Béja (100 kms de Tunis). Un contact tunisien, Hella, m’a secondé pendant ces sept jours. Cela a été un réel voyage au-delà du confort et des lieux communs. Dès le premier jour, je me suis fait voler mon portable dans les souks de Tunis. J’ai donc voyagé sans communication avec la France (à part quelques connections sur le net). Rien de tel pour se plonger dans le rythme tunisien sans parler de la pluie, de l’humidité, du froid. Je n’étais pas préparée. J’avais  juste une valise légère avec quelque tee-shirts ! J’ai dû abandonner l’idée de la chaleur agréable du soleil. Hella m’avait proposé différentes options pour aborder le lait en Tunisie. Nous avons choisi de partir dans le Nord-Est, dans le berceau du fromage et de l’élevage, après deux jours de marchés à Tunis.

TUNISIE 3Rozenbaum

J’ai rencontré des personnes merveilleuses tout le long de mon périple. Les heures des traites des vaches et des brebis, la fabrication de fromages artisanale ou industrielle ont planifié notre emploi du temps pendant trois jours. Mon regard s’est fixé, surtout à Béja, sur la relation intime de l’homme et l’animal, sur les gestes précis de la traite et sur la valeur du lait. Il existe de réels contrastes entre les éleveurs traditionnels avec 200 brebis à 800 m d’altitude au milieu de paysages sublimes, les fabricants de fromages dans un espace de quinze mètres carrés et les industries laitières.

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La Tunisie embrasse une grande diversité de modèles économiques et culturels. D’un côté, elle se révèle avec un visage très personnel de l’activité à travers les étables, les odeurs, le goût du lait. De l’autre, elle se révèle par l’anonymat des grandes cuves de 280 litres de lait, des écrans contrôlant la production et du parfum de chewing-gum qui sert à aromatiser le lait. Malgré mes craintes de me retrouver dans des lieux où les femmes sont totalement absentes, j’ai pu photographier les uses et coutumes des habitants dans les cafés…

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Mes remerciements vont à Laurence Touitou, à Hella Annabi, à Cheldi Kayouli, à Claire, à Zied et Noureddine Ben Youssef et aux responsables de l’Usine Laino.

Prochain épisode : Histoires de lait, Inde

Histoires de lait, Sénégal

En ce début d’année, le CNIEL / Milk Factory m’envoie dans le monde pour me pencher sur la culture des laits du monde en vue d’une exposition photographique au mois de mai 2010 pendant le colloque de l’OCHA : « Parler des « Cultures des Laits du Monde », c’est évoquer à la fois la quasi universalité du lait et sa fabuleuse diversité : diversité des espèces laitières, diversité des systèmes d’élevage et des territoires dans lesquels ils se développent, diversité des produits issus du lait, de leurs représentations et de leurs usages ».

Mon premier pays est le Sénégal. Je suis à Dakar et dans sa région pour trouver les modes, les traitements et l’utilisation du lait en Afrique noire. En 2002, j’avais réalisé le livre « Sénégal, la cuisine de ma mère » (Edition Minerva) avec la famille de Youssou N’Dour à Dakar. Elle m’avait fait connaître cette ville dans tous ses recoins et ses uses et coutumes culinaires. J’y retrouve ces plaisirs des odeurs ambiantes, des effluves de cuisines de rues, des bruits incessants des milliers de voitures, des marchés pleins à craquer de tissus, de fruits et légumes, de poissons et de viandes étalés à l’infini.

Le lait est mon centre d’intérêt aujourd’hui.

Lait 1

Cumba Diop, journaliste, collabore avec moi, recherche et me guide à la rencontre des diversités laitières (marchés, usines, monastère, transformations du lait, etc). Nous avons été jeudi dans un village Peul pour découvrir le quotidien de la traite des vaches et des chèvres. Avant tout, dès notre arrivée, ils nous ont invité à boire un ataya (thé traditionnel) dans leur maison avec une grande humilité. La mère de Cumba avait discuté très longtemps auparavant pour que je puisse les photographier pendant la traite des animaux. Les africains ont une vraie peur de l’image contrairement aux autres populations comme en Inde. Ils se laissent photographier s’ils sont en confiance, s’ils sentent que leur image ne peut être utilisée n’importe comment. Une conversation peut s’installer si les regards s’échangent, si le langage des différences s’organise sur un mode sans jugement, sans à priori. La photographie peut alors s’intégrer comme une expérience.

Sénégal février 2010

« La notion de conversation invite à faire du langage un paysage, à transmuer, le monde des idées que John Cage critique en une filmographie réinventée, en une bande sans fin qui nomadise la pensée. C’est un nouveau dire qui se crée ». Carmen Pardo Salgado, Approche de John Cage, L’écoute oblique.

Samedi, j’ai passé plusieurs heures dans les marchés dakarois à la recherche de marchands traditionnels de lait caillé. Ils sont beaucoup moins nombreux maintenant vu l’essor du lait en brik produit par les fabriques industrielles à base de lait en poudre.

Evolution oblige …

Mon gâteau d’enfance

Mon gâteau d’enfance : le gâteau au fromage de ma grand mère Ruchla

A chaque fête de famille, ma grand mère maternelle le cuisinait. C’était le moment de ma gourmandise. Pour retrouver le goût le plus proche du gâteau au fromage d’enfance,  j’ai expérimenté des versions différentes de recettes afin de trouver la mienne. Je mettais trop de raisins ou trop de rhum, pas assez cuit, etc.  Maintenant, j’ai trouvé le goût quasi exact.  Six tentatives ont été nécessaires pour obtenir le goût d’antan, la consistance épaisse du gâteau au fromage polonais.

Le temps n’existe pas face à l’enjeu. Chaque bouchée est une image de ces repas, une odeur, une ambiance sonore.

gâteau au fromage 2

Ingrédients pour 6 personnes,

Préparation : dix minutes pour la pâte, vingt-cinq minutes pour la garniture.

Ingrédients pour la pâte :
150 g de beurre salé mou
80 g de sucre glace
2 sachets de sucre vanillé
2/3 cuillères à soupe d’eau
2 jaune d’œufs battus
30 g de poudre d’amandes
250 g de farine

La pâte sucrée :
Dans une jatte, mélangez le beurre, le sucre glace, le sucre vanillé, l’eau, les jaunes d’œufs et la poudre d’amandes. Incorporez la farine et mélangez jusqu’à obtenir une pâte lisse. Laissez reposer une heure au réfrigérateur.

gâteau au fromage 3

Ingrédients pour la garniture :
1kg de fromage blanc épais que l’on trouve dans les épiceries orientales et turques à 40 % (Baktat, photo ci dessous)

baktat
1 yaourt nature à 40%
100 g de beurre salé + pour le moule
140 g de sucre semoule
4 œufs
2/3 cuillères à soupe de farine
2 sachets de sucre vanillé
100 g de raisins de Corinthe
Rhum pour les raisins ( faire tremper les raisins une demie heure avant)
Jus de deux citrons

Préchauffez le four à 180°C.

La garniture :

Faire fondre le beurre dans une casserole à feu très doux. Cassez les œufs et séparez les jaunes des blancs. Versez le sucre et la farine sur les jaunes et mélangez. Battez les blancs en neige et incorporez délicatement au mélange à base de jaune d’œufs. Ajoutez enfin le beurre fondu et remuez.
Dans une jatte, mélangez le fromage blanc et le yaourt, les raisins secs qui auront trempés une demie heure dans le rhum. Ne pas mettre le rhum dans la jatte qui aura servi aux raisins car le gâteau serait trop alcoolisé et le goût du rhum emporterait sur la douceur du fromage blanc. Ajoutez le jus de citron et remuez. Versez sur la préparation précédente et remuez.
Beurrez un plat (haut, ovale ou rectangulaire). Versez dans le moule toute la préparation.
Portez la température du four à 150 °C.
Faire cuire 1 h45 à 2 h au four.
Faire attention que le gâteau ne colore pas trop sur le dessus. Mettre du papier alu pour le protéger pendant la dernière demie heure.

Laissez le refroidir à température ambiante. Le déguster froid.

gâteau au fromage

© Isabelle Rozenbaum

Réflexion de la journée, photographie.

Je viens de trouver cette plaque chez Nicolas « No Factory », antiquaire de mobilier industriel d’époque (Paris 10e) : ATTENTION AU VIDE, DANGER. C’est une vraie pensée qui se réactualise chaque jour, chaque moment. Après quoi, court-on ? Quelle est cette peur du vide que porte l’humain ? J’ai reçu étonnamment aujourd’hui, un texto d’un ami cher : « J’écris et je suis heureux. Je me réconcilie avec le monde. Je veux ne plus perdre ma vie au service du vide ». Il y a des jours où tout bascule …

vide© isabelle rozenbaum

Fin de l’agence photographique l’Oeil public

La décision de fermer l’agence l’Oeil public pose une réelle question sur l’avenir de la photographie de reportage et d’illustration. Quels sont les nouveaux modèles économiques pour les années à venir, tel est l’enjeu de notre réflexion incontournable en tant que photographes. Nous sommes obligés de nous confronter aux nouveaux médias, les analyser et proposer de nouvelles réponses. L’Oeil public déclare sur leur site : « La crise mondiale de la presse ne permet plus à ses photographes de continuer à produire des histoires. Les pratiques du photo-journalisme sont à repenser. Aujourd’hui, l’Oeil public n’est plus adapté. L’Oeil public ferme les yeux pour permettre à ses photographes de les garder ouverts ».

En 2010, avons-nous encore besoin de (nous) raconter des histoires ?


Bouche Rozenbaum© isabelle rozenbaum

Ils disent qu’elle est ratée !

Ils disent qu'elle est ratée- Rozenbaum

trois saucisses entamées ∖ deux bouts de beurre ∖ œufs brouillés ∖ couverts posés sur la gauche ∖ lumière contrastée ∖ assiette à moitié pleine ∖ photo presque floue ∖

atelier photographique culinaire ∖ analyse ∖ vingt-cinq photos ∖ un thème ∖ le « gras » ∖ six personnes ∖ critiques ∖ perceptions ∖ sensations ∖ discussions ∖

La photo inspire un malaise.

Ils disent qu’elle est ratée, qu’elle est mal cadrée, bonne à jeter, rejetée.

ILS VEULENT EN SAVOIR PLUS.

Ils insistent. Ils cherchent à comprendre. Ils se liguent pour dire combien ces saucisses sont répugnantes. Le ton monte. Qui a bien pu faire cette satanée photo ?

Je me suis dénoncée.

exposer pour faire parler ∖ parler du contexte ∖ du hors champ ∖ apprendre à voir à travers les objets ∖ imaginer ∖ s’attarder ∖ vécu personnel ∖ donner un sens à l’expérience ∖ une consistance ∖ une forme ∖

juin 2006 ∖ 13h ∖ cantine ∖ Auschwitz ∖ Pologne ∖ lieu de mémoire

Ils disent qu’ils sentaient bien ce trouble dans l’assiette.

ILS NE VEULENT PLUS SAVOIR.

saucisses entamées ∖ goûts de dégoûts ∖ cendres présentes ∖ conscience collective ∖ vomissements ∖ photographie ∖ matières triturées ∖ rappels de nos peurs ∖ rebondissements des chairs ∖ voix présentes ∖

JE VOULAIS SAVOIR.

VOYAGE.

famille disséminée ∖ Europe de l’Est ∖ étoile ∖ déportation ∖ extermination ∖ marche sur les rails de train ∖ Birkenau ∖ voyage essentiel pour retrouver vie ∖ marche ∖ marécages ∖ marche ∖ traces d’anciens fours  ∖ soleil ∖ chants d’oiseaux ∖ barbelés ∖ marche ∖ troubles ∖ mémoire du lieu ∖ pause déjeuner ∖ pas faim ∖

trois saucisses entamées ∖ deux bouts de beurre ∖ œufs brouillés ∖ silence ∖…

Isabelle Rozenbaum

Ce billet a été publié dans le cadre des « Vases communicants » sur le site Pendantleweekend.

Podingue : les trois recettes de Zénon

Je commence cette nouvelle année par un échange : je propose un texte illustré d’Hélène Clemente et le mien sera sur son blog Pendant le week end dans la rubrique des vases communicants.

Podingue© Ville de Dunkerque

«  Il était sorti de la ville au point du jour pour se rendre à l’orée des dunes, emportant avec lui une loupe qu’il avait fait construire sur ses spécifications par un lunetier de Bruges ».

J’en mange littéralement les mots.
1 litre de lait, 350 g de pain rassis, 4 œufs, 200 g de sucre, 2 sachets de sucre vanillé, 100 g de raisins secs, un verre de rhum.

« Vers midi, il s’endormit couché à plat ventre dans un creux du sable… »

Je n’en fais pourtant pas recette,
Faire gonfler les raisins secs la veille dans le rhum. Emietter le pain rassis dans le lait sucré. Laisser tremper au moins 4 heures. Écraser ce mélange à la pointe d’une fourchette jusqu’à l’obtention d’une pâte lisse.

« En moins d’un instant, avant même que sa vision pût se formuler en pensée, il reconnut que ce qu’il voyait n’était autre que son œil reflété et grossi par la loupe… »

de cette mémoire des mets que l’on sert aux enfants,
Ajouter délicatement les œufs, le rhum, les raisins et la cannelle…

« Un projet plus hardi l’occupa quelque temps, celui d’un Liber Singularis, où il eût minutieusement consigné tout ce qu’il savait d’un homme, qui était soi-même… »

vive comme une veillée de Carême.
Beurrer un plat et y verser la pâte.

« Du monde des idées, il rentrait dans le monde plus opaque de la substance contenue et délimitée par la forme ».

Regardez-les s’approcher, fantômes surgissant du passé,
Préchauffer le four 10 minutes à 150° maximum, enfournez le plat et laissez cuire au moins 1 heure.

« Savez-vous que Sigismond Fuggers, mon parent de Cologne, a été, dit-on mortellement blessé dans une bataille au pays des Incas ? Cet homme, dit-on, avait cent captives, cents corps de cuivre rouge avec diverses incrustations de corail et des cheveux huilés qui sentaient les épices. »

portés, déportés de la Route des Épices…
Le gâteau est cuit lorsque la lame d’un couteau pointu et planté ressort bien sèche.

Le podingue ne se démoule pas.

Les extraits de la vie de Zénon
L’ensemble des citations entre parenthèses est extrait du roman de Marguerite Yourcenar, L’Oeuvre au Noir, Paris, Gallimard, 1968, coll. NRF.

pendantleweekend

Hélène Clemente et Pierre Cohen-Hadria co-animent le blog pendantleweekend.net,  en complément de leurs pratiques professionnelles respectives : elle a récemment rejoint l’équipe de la librairie indépendante “Dialogues” en charge du développement de projets numériques (après avoir été chargée de mission au Syndicat de la librairie française, diffuseur d’éditeurs d’art contemporain, photographie et d’architecture, et développe enfin un goût singulier pour le livre objet ou livre d’artiste); il est sociologue (indépendant) du champ des publics de la culture et des pratiques culturelles (notamment, la lecture, la visite des musées et de divers autres lieux de divulgation du savoir, ainsi que les différents usages du numérique).

Ensemble, ils créent en 2007 mélico, le site dédié à la mémoire de la librairie contemporaine.

Conçu à l’origine  pour diffuser les carnets de terrain des rédacteurs de mélico, le blog pendantleweekend est sorti de son lit pour glisser doucement vers la fiction. Certains y voient un chantier à ciel ouvert, quand il porte son observation du côté de l’histoire des techniques « vue par »; d’autres y trouvent des comptes rendus méthodologiques de travaux en cours ou des billets d’humeur, des analyses de lecture, ou d’autres plaisirs (comme le cinéma, la radio ou la photographie) ; enfin ce blog collaboratif est ouvert aux auteurs, artistes et autres personnes de tous horizons qui désireraient, par cette entrée, exposer des points de vue numériques personnels, multi ou monomédias.

Les vases communicants 1er janvier 2010
Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire

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