Mon gefilte fish, mes recettes

En faisant la recette du gefilte fish (carpe farcie), des souvenirs d’enfance familiaux me reviennent à chaque fois. Je me revois chez mes grands parents et toute ma famille dans une ambiance très particulière. La langue dominante chez eux était le yiddish, langue que les grands utilisaient pour échanger des secrets (je le croyais). Mes yeux d’enfant voyaient avec attention cet autre monde qui n’existe plus aujourd’hui. Cette langue me berce encore aujourd’hui quand je rencontre certaines personnes qui la parlent ou si j’écoute des chants. Mon fils reprend le flambeau, il joue dans un groupe qu’il a fondé avec Noémi, Blik, qui propose des chants yiddish et russes (sur leur site, vous pouvez écouter trois morceaux superbes). J’ai des souvenirs d’odeurs, du goût du gefilte fish de ma grand mère, un peu fort surtout avec le raifort à la betterave qui me remontait jusqu’au nez. J’aimais entendre le bruit des matzos qui se brisaient mettant plein de miettes sur la nappe toute blanche. Les repas étaient toujours identiques chaque année pour Pessah (Pâques), tradition oblige. Maintenant, j’organise à mon tour avec ma famille, certains repas de fêtes. Depuis deux ans, je réactualise cette recette pour qu’elle soit la plus proche de ce souvenir gustatif d’un temps révolu et peut être pour qu’elle devienne une transmission familiale.

gefilte fish 2009

Recette détaillée sur mon blog du gefilte fish, année 2008, gefilte fish année 2009, améliorée chaque année en finesse !.

Sonia Ezgulian, auteur de nombreux ouvrages, m’a proposé d’éditer ma version du gefilte fish dans son livre qu’elle était en train de finaliser. Elle l’a trouvé sur mon blog en faisant des recherches de mots clés, tout simplement, l’a choisie pour sa précision et sa clarté. Son livre, Cuisinière juive (Editions Bachès), est le résultat de recherches et de partages de savoir-faire avec plusieurs femmes comme Simone, Fania, Annie, Nicole, Aline, Nèche, Hélène et moi-même.

Bachès 1

Bachès 2

Bachès 3

Il y a deux semaines, j’ai expérimenté la version du gâteau au fromage de Simone page 18 du livre. Il faut savoir que c’est le goût de mon gâteau d’enfance de ma grand-mère maternelle Rushla. Pour le retrouver, c’est extrêmement difficile. J’ai commencé du bout des doigts, presque suspicieuse. Au final, sa recette se révèle très approchante du gâteau de ma mémé. J’étais très agréablement surprise par sa proposition. Les proportions sont bonnes et je choisis le fromage blanc turc à 40% avec  un goût peu caillé, je ne mets pas de levure comme indiqué. Dans le livre, il y a peu de photos mais pour une fois, les recettes me font voyager, m’évoquent un tas de choses, elles me donnent l’eau à la bouche.

Je remercie Sonia Ezgulian, Simone et Stéphane Bachès qui me chuchotent à l’oreille mes souvenirs d’enfance…

De plus, en novembre 2009, j’ai participé au Festival internationnal de la photographie culinaire. J’ai proposé trois photos inédites pour cette occasion. J’ai travaillé ces images jusqu’à extraire leur dernier jus, les dernières forces de cette vie passée. Les gris ont disparu, il ne reste plus que les contrastes épurés et affirmés…

©Isabelle rozenbaum

© Isabelle Rozenbaum

Livre en préparation

Je prépare un livre avec Sonia Ezgulian sur les dégoûts alimentaires. Nous recherchons des personnes qui ont des blocages sur un produit ou une recette, des traumatismes d’enfance ou des événements très marquant, indissociables de l’aliment insupportable à la vue ou à l’odeur. Sonia proposera deux recettes réconciliatrices. Je photographierai  cette expérience en direct de ce moment si particulier.

Par exemple, je vous raconte mon dégoût : « Je n’aime pas les anchois car à six ans, en colonie de vacances, des moniteurs m’ont forcée à en manger au déjeuner. J’ai forcément vomi (vu mon côté rebelle !!!) et j’ai été punie avec sieste obligatoire au lieu d’une promenade dans les bonnes odeurs de pins. Un moniteur, au milieu de l’après-midi, pris de remords, m’a amenée en voiture sur le lieu défendu. Il fallait, comme toujours, traverser un torrent et habituellement les moniteurs tendaient une grande corde pour empêcher les enfants, petits comme moi, de tomber à l’eau. Comme le moniteur était seul et n’avait pas de corde, évidemment je suis tombée à l’eau. Après un repêchage mémorable, je suis arrivée à rejoindre les autres enfants, toute mouillée et choquée. Pour couronner l’histoire, ils m’ont déshabillée devant tout le monde pour faire sécher mes vêtements ! Je n’aime pas les anchois ! »

Vous pouvez me répondre sur mon mail : isabelle@rozenbaum.com

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